Qui a inventé le MBTI ?
Le MBTI · · 5 min
Le MBTI n’est pas l’œuvre de Carl Jung : deux femmes, Katharine Cook Briggs et sa fille Isabel Briggs Myers, l’ont conçu à partir de ses travaux.

Le MBTI, ou Myers-Briggs Type Indicator, n’a pas été inventé par un psychologue célèbre : il est l’œuvre de deux femmes, Katharine Cook Briggs (1875-1968) et sa fille Isabel Briggs Myers (1897-1980). Ni l’une ni l’autre n’avait de formation en psychologie. Elles se sont appuyées sur les types psychologiques décrits par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung pour construire un questionnaire qui situe chacun sur quatre dimensions : Extraversion (E) ou Introversion (I), Sensation (S) ou Intuition (N), Pensée (T) ou Sentiment (F), Jugement (J) ou Perception (P). La combinaison de ces quatre choix donne les seize types du MBTI.
L’inventeur du MBTI : Katharine Briggs, Isabel Myers et Carl Jung
La réponse tient en une phrase : Jung a fourni la théorie, les deux Américaines ont fabriqué l’instrument. Confondre les deux rôles est l’erreur la plus répandue au sujet du MBTI. Jung n’a jamais écrit une seule question de ce questionnaire, et il n’a jamais parlé de seize types.
Carl Gustav Jung (1875-1961), psychiatre suisse, publie en 1921 Psychologische Typen, traduit en anglais en 1923 et connu en français sous le titre « Types psychologiques ». Il y distingue deux attitudes — l’introversion et l’extraversion — et quatre fonctions : la pensée, le sentiment, la sensation et l’intuition. En croisant les deux, il décrit huit types, et non seize. Sa typologie naît de son observation clinique, pas d’une enquête statistique. Un détail est souvent inversé dans les articles consacrés au MBTI : Jung a d’abord été un proche collaborateur de Sigmund Freud, jusqu’à leur rupture en 1913 ; c’est Freud qui a influencé Jung, et non l’inverse.
Katharine Cook Briggs, elle, observait depuis les années 1910 les différences de caractère dans son entourage et avait ébauché sa propre classification. Elle découvre le livre de Jung au début des années 1920, abandonne son système pour le sien et se met à en écrire des présentations pour le grand public. Sa fille, Isabel Briggs Myers, diplômée de sciences politiques et romancière à ses heures, prolongera ce travail en le transformant en questionnaire.
Cette filiation jungienne est propre au MBTI et à lui seul. Elle ne s’étend pas aux autres outils de typologie : la méthode DISC descend des travaux de William Moulton Marston, publiés en 1928, et n’a aucun lien avec Jung — une confusion que l’on rencontre pourtant très souvent.
Des années 1940 à aujourd’hui : la diffusion du questionnaire
C’est pendant la Seconde Guerre mondiale qu’Isabel Briggs Myers commence à rédiger des items. Le contexte compte : des femmes entrent massivement dans les usines et les bureaux, et l’idée est d’aider chacune à trouver un poste en accord avec ses préférences plutôt que de lui en assigner un au hasard. Les premières versions du « Briggs Myers Type Indicator » circulent vers 1943-1944. Elles sont mises au point de façon artisanale, sur les échantillons que l’autrice avait sous la main.
Le passage à l’édition professionnelle est progressif. À partir de 1962, l’Educational Testing Service diffuse l’instrument, réservé à la recherche. En 1975, l’éditeur Consulting Psychologists Press (CPP) le reprend et lui ouvre le marché des entreprises et du conseil ; cette maison a été rebaptisée The Myers-Briggs Company en 2019. En Europe, la diffusion est longtemps passée par un distributeur britannique, OPP, aujourd’hui intégré au même groupe. Le détail de ces droits successifs est retracé dans notre article consacré au propriétaire du MBTI.
C’est donc entre les années 1960 et les années 1980 que le MBTI devient ce qu’il est aujourd’hui : l’un des questionnaires de personnalité les plus diffusés au monde, présent dans le conseil en management, la formation, le coaching et l’orientation. Isabel Briggs Myers y aura consacré près de quarante ans de sa vie, jusqu’à sa mort en 1980.
Ce que le MBTI doit à Jung, et ce qu’il lui ajoute
Trois des quatre dimensions du MBTI viennent directement de Jung : l’attitude Extraversion / Introversion, la fonction de perception Sensation / Intuition et la fonction de jugement Pensée / Sentiment. La quatrième, l’axe Jugement / Perception, est l’apport propre de Katharine Briggs et d’Isabel Myers. Elle indique laquelle des deux fonctions précédentes la personne met en avant dans son rapport au monde extérieur. C’est cet ajout qui fait passer de huit à seize le nombre de types.
Les deux autrices ont apporté une seconde inflexion, plus discrète mais décisive : chez elles, aucun type n’est meilleur qu’un autre. Chacun est présenté comme une combinaison de forces et de zones d’effort, dans un vocabulaire volontairement positif. Jung, de son côté, se méfiait d’un usage mécanique de sa typologie : il la présentait comme une aide à l’observation, pas comme un jeu de cases dans lesquelles ranger les gens.
Un héritage de développement personnel plus que de mesure
Savoir qui a inventé le MBTI aide à comprendre ce qu’il est — et ce qu’il n’est pas. L’instrument a été construit en dehors du monde académique, à partir d’une théorie clinique et non d’une analyse statistique des traits de personnalité. Ses autrices cherchaient un outil de compréhension de soi accessible à tous, pas un instrument de mesure destiné à trier des candidats.
Cette origine explique l’essentiel des critiques qui lui sont adressées depuis : la stabilité imparfaite des résultats d’une passation à l’autre, le découpage en deux catégories de dimensions qui, dans les faits, se répartissent de façon continue dans la population, l’absence de valeur prédictive sur la performance au travail. Ces réserves sont détaillées dans notre article sur les limites du test. Elles n’annulent pas l’intérêt de l’outil ; elles délimitent son terrain.
Le MBTI en coaching : ce que son histoire recommande
L’usage le plus fidèle à l’intention des deux autrices reste l’accompagnement individuel ou collectif. Dans la pratique professionnelle du MBTI, le résultat du questionnaire n’est d’ailleurs qu’un point de départ : le praticien certifié présente le type obtenu comme une hypothèse, que la personne confirme ou corrige après lecture des descriptions. C’est ce que les praticiens appellent le type vérifié, par opposition au type simplement calculé.
Le rôle du coach est là : accompagner ce travail de reconnaissance, pas délivrer un verdict. Il n’a pas la réponse à la place de la personne, et un type ne dit ni ce qu’elle vaut, ni ce qu’elle doit faire de sa carrière. Les bénéfices concrets que l’on peut attendre d’une telle démarche sont détaillés dans notre article sur les raisons de passer un test MBTI.
Retenir les noms de Katharine Cook Briggs et d’Isabel Briggs Myers n’est donc pas une simple curiosité historique. C’est le meilleur rappel de ce que le MBTI a été conçu pour faire : donner à chacun un vocabulaire pour parler de ses préférences, à une époque où la psychologie des types n’était accessible qu’aux spécialistes.