Qui est propriétaire du MBTI ?
Le MBTI · · 5 min
Le MBTI n’appartient ni au domaine public ni à une fondation : c’est une marque déposée, éditée sous licence, dont la passation exige un praticien certifié.

Le MBTI (Myers-Briggs Type Indicator) n’est pas un questionnaire libre de droits. C’est une marque déposée, éditée aujourd’hui par une société américaine, The Myers-Briggs Company, née du rachat et du renommage de son éditeur historique. Cette situation a des conséquences très concrètes : le questionnaire est payant, sa passation suppose un praticien certifié, et la plupart des tests gratuits « en quatre lettres » que l’on trouve en ligne n’ont aucun lien avec son propriétaire.
De l’invention à l’édition : comment le MBTI est devenu un produit
L’instrument a été mis au point dans les années 1940 par Katharine Cook Briggs et sa fille Isabel Briggs Myers, à partir des types psychologiques de Carl Gustav Jung ; cette histoire est racontée en détail dans notre article sur les auteurs du questionnaire. Pendant une vingtaine d’années, il reste une affaire privée, diffusé de la main à la main.
Le premier éditeur institutionnel est l’Educational Testing Service, qui le publie à partir de 1962 dans un cadre réservé à la recherche. Le tournant commercial date de 1975 : Consulting Psychologists Press (CPP) en devient l’éditeur et l’ouvre au marché du conseil, de la formation et des ressources humaines. Isabel Briggs Myers travaillera avec cette maison jusqu’à sa mort, en 1980. En 2019, CPP se rebaptise The Myers-Briggs Company, du nom de son produit phare.
Entre-temps, la marque a été protégée. « MBTI » et « Myers-Briggs » sont des marques déposées : personne ne peut vendre un questionnaire sous ce nom sans l’accord de leur titulaire. C’est cette protection, bien plus qu’un quelconque droit d’auteur sur la théorie des types, qui structure tout le marché du MBTI.
Le propriétaire actuel du MBTI
Le propriétaire de l’instrument est donc The Myers-Briggs Company, société américaine implantée également en Europe et en Asie. Elle détient la marque, les différentes formes du questionnaire, les manuels techniques, les traductions officielles et le réseau des organismes habilités à former les praticiens. C’est elle qui fixe les tarifs et les conditions d’usage.
Une confusion est fréquente avec la fondation Myers & Briggs, souvent citée comme propriétaire du test. C’est inexact. Cette fondation est une organisation à but non lucratif issue de la famille d’Isabel Briggs Myers ; elle publie des règles de déontologie, soutient la recherche et l’information du public, mais elle n’édite ni ne vend l’instrument.
Le nom OPP, lui, a longtemps été associé au MBTI de ce côté-ci de l’Atlantique. OPP était le distributeur britannique de l’instrument, chargé de sa diffusion et des certifications au Royaume-Uni et dans une grande partie de l’Europe. C’est à ce titre que beaucoup de praticiens francophones ont connu leurs supports sous ce logo. OPP a depuis été intégré au même groupe et a disparu en tant que marque distincte : l’ensemble est aujourd’hui rassemblé sous le nom The Myers-Briggs Company.
Ce que l’éditeur garantit — et ce que la recherche en dit
Ce contrôle a une contrepartie utile. L’éditeur fournit un manuel technique, des étalonnages, des traductions validées et une formation obligatoire pour les praticiens. Il impose aussi des règles d’usage qui protègent la personne testée : participation volontaire, résultats confidentiels, restitution systématique — on ne remet pas un type à quelqu’un sans le lui expliquer — et, point souvent ignoré des entreprises, interdiction d’utiliser l’instrument pour sélectionner un candidat ou décider d’une promotion.
L’éditeur ne vend d’ailleurs pas un questionnaire unique, mais une gamme. La forme courante, celle qui donne les quatre lettres, coexiste avec une version plus détaillée qui décompose chaque dimension en plusieurs facettes : deux personnes du même type peuvent y apparaître très différentes sur le détail. S’y ajoutent des rapports thématiques — communication, gestion des conflits, style de management — que le praticien commande en même temps que la passation. Une part du prix payé correspond à ces documents, pas au questionnaire lui-même.
Détenir une marque ne vaut cependant pas preuve scientifique. La littérature indépendante reste critique à l’égard du MBTI, notamment sur la stabilité des résultats d’une passation à l’autre et sur le découpage en catégories opposées de dimensions qui se répartissent en réalité de façon continue. Ces réserves, que l’éditeur discute dans ses propres manuels, sont détaillées dans notre article sur les limites de l’instrument.
Passer le MBTI aujourd’hui : certification et imitations
En pratique, le vrai MBTI ne se passe pas seul devant un écran. Il suppose un praticien certifié : une formation de plusieurs jours, sanctionnée par un examen, donne le droit d’acheter les questionnaires auprès de l’éditeur, de les faire passer et d’en restituer les résultats. Le coût comprend donc le questionnaire lui-même et le temps d’entretien qui l’accompagne.
À côté de ce circuit officiel prospère une famille de tests gratuits qui reprennent le principe des quatre lettres et des seize types. Ils ne sont pas le MBTI : leurs questions, leurs calculs et leurs descriptions appartiennent à leurs auteurs, sans relation avec l’éditeur, et ils ne s’accompagnent d’aucun entretien. Ils peuvent servir de première curiosité, à condition de savoir ce que l’on a entre les mains. Les raisons de passer un véritable test MBTI tiennent d’ailleurs beaucoup moins au questionnaire qu’à la conversation qui suit.
Une nuance mérite d’être signalée : la théorie des types de Jung, elle, n’appartient à personne. Rien n’interdit à un éditeur de construire son propre questionnaire sur les mêmes dimensions — c’est précisément ce que font la plupart des alternatives. Ce qui est protégé, c’est le nom, les items et les manuels du MBTI.
Pourquoi la question de la propriété vous concerne
Savoir qui détient le MBTI n’est pas un débat d’initiés. C’est ce qui explique le prix demandé, la nécessité de passer par un professionnel formé et la différence de qualité entre une restitution en bonne et due forme et un résultat automatique en quatre lettres.
C’est aussi ce qui protège la personne testée. Les règles fixées par l’éditeur — confidentialité, volontariat, restitution, interdiction de l’usage en sélection — sont opposables à un employeur qui voudrait faire du type une donnée de gestion. Une équipe qui découvre l’outil à l’occasion d’un séminaire a tout intérêt à les connaître avant de commencer.
Enfin, cette propriété a une conséquence pratique pour les organisations : passer par le MBTI officiel engage un budget et un calendrier de certification. Beaucoup d’entreprises francophones choisissent pour cette raison un autre outil de typologie pour leurs usages courants, et réservent le MBTI à un accompagnement individuel plus approfondi. Il n’y a pas de mauvaise réponse, seulement des besoins différents — encore faut-il savoir ce que l’on achète, et à qui.