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Est-ce que le management est un art ou une science ?

Coaching et management · · 5 min

Principes transmissibles ou jugement acquis par l’expérience ? Ce que le management doit aux sciences des organisations et ce qui relève du métier.

Des plans techniques, un crayon et une règle posés sur une table

Le management a longtemps été présenté comme une science : des principes, des modèles, des indicateurs. D’autres y voient plutôt un art, fait de jugement, de lecture des situations et de sens des personnes. Le débat n’est pas qu’académique : il détermine ce que l’on attend d’un manager, ce qu’on lui enseigne et ce sur quoi on l’évalue. Car diriger une équipe mobilise à la fois des méthodes qui s’apprennent et une capacité d’adaptation qui ne se transmet pas en salle de formation.

Le débat : art ou science ?

Historiquement, la discipline s’est construite du côté de la science. C’est une discipline jeune : elle se formalise au début du XXᵉ siècle, avec des auteurs qui cherchent explicitement à établir des lois de l’organisation du travail. Depuis, des décennies de recherche ont produit des théories, des modèles et des méthodes de mesure de la performance des organisations.

Cette approche a toutefois ses critiques. Pour eux, le management relève davantage de l’expérience et du discernement que de la théorie. Ils mettent l’accent sur la dimension humaine du travail — les relations, la motivation, les rapports de pouvoir — et rappellent qu’aucun modèle ne dicte la bonne décision dans une situation particulière. Une méthode qui fonctionne dans une usine peut échouer dans un cabinet de conseil, et la même équipe ne réagit pas de la même manière à deux ans d’intervalle.

Les deux positions ont leur part de vérité, et l’opposition est sans doute mal posée. Il existe des connaissances solides sur le fonctionnement des organisations ; il existe aussi une part irréductible de jugement dans l’exercice quotidien du métier.

Le management est un art

Ce qui range le management du côté de l’art, c’est d’abord la nature réelle du travail d’un manager. Les travaux d’Henry Mintzberg, né en 1939, ont montré que ce travail ressemble peu à l’image ordonnée du planificateur : il est fragmenté, fait d’interruptions, d’échanges brefs, de décisions prises avec une information incomplète. Le manager y joue simultanément plusieurs rôles — relationnels, informationnels, décisionnels — et passe de l’un à l’autre en quelques minutes.

Dans ces conditions, la compétence décisive n’est pas l’application d’une procédure, mais la lecture juste d’une situation. Faut-il trancher maintenant ou laisser le désaccord mûrir ? Ce collaborateur a-t-il besoin d’un cadre plus serré ou d’air ? Cette tension relève-t-elle du fonctionnement ou des personnes ? Aucun modèle ne répond à ces questions à la place de celui qui décide.

Cette part artisanale s’acquiert par la pratique, par l’observation d’autres managers et par l’analyse de ses propres erreurs, plus que par la lecture. Elle explique pourquoi l’accompagnement individuel et le retour d’expérience pèsent autant dans la progression d’un encadrant. Elle explique aussi l’intérêt d’outils qui aident à comprendre les différences de fonctionnement dans une équipe : savoir utiliser le DISC en tant que manager ne remplace pas le jugement, mais donne un langage pour en parler.

Le management est une science

L’argument scientifique repose lui aussi sur des bases sérieuses. Le management s’appuie sur des principes formulés, discutés, parfois réfutés, qui peuvent être enseignés. Henri Fayol (1841-1925) propose dans Administration industrielle et générale, publié en 1916, une première décomposition des fonctions administratives — prévoir, organiser, commander, coordonner, contrôler — qui structure encore beaucoup de manuels. Frederick Winslow Taylor (1856-1915) formalise de son côté l’organisation scientifique du travail dans The Principles of Scientific Management (1911), avec l’ambition d’appliquer la méthode expérimentale à l’exécution des tâches.

D’autres travaux ont porté sur les personnes plutôt que sur les tâches : la hiérarchie des besoins proposée par Abraham Maslow, ou les théories X et Y de Douglas McGregor, qui opposent deux conceptions implicites du salarié — celui qu’il faut contraindre et celui qui cherche à s’impliquer. Ces modèles ont été largement discutés et nuancés depuis, mais ils ont durablement déplacé le regard des dirigeants.

Le management est également mesurable, au moins en partie : délais, qualité, absentéisme, rotation du personnel, satisfaction des équipes. Ces indicateurs ne disent pas tout, et il est facile de piloter ce qui se compte au détriment de ce qui compte, mais ils permettent de comparer, de suivre une évolution et de repérer un problème avant qu’il ne devienne visible autrement.

Enfin, une partie des pratiques se standardise. Processus de décision, rituels d’équipe, entretiens réguliers, règles de délégation : ces dispositifs donnent une cohérence d’ensemble et évitent que chaque service ne fonctionne selon les préférences de son responsable.

Alors le management, qu’est-ce que c’est ?

Le management étudie la manière dont les organisations fonctionnent et cherche les moyens de les faire mieux fonctionner. Le champ est vaste : gestion des ressources humaines, finance, organisation des opérations, stratégie. À ce titre, il dispose d’une base théorique réelle, enseignée dans les écoles et alimentée par la recherche.

Mais c’est avant tout une pratique. Un manager décide vite, avec des informations partielles, dans un contexte qui change. Il arbitre entre des objectifs contradictoires — tenir un délai et préserver une équipe, standardiser et laisser de l’autonomie — sans qu’aucune théorie ne lui indique le point d’équilibre.

La comparaison la plus juste est peut-être celle de la médecine : un corpus de connaissances solide, une formation exigeante, et malgré cela un exercice où le jugement clinique reste déterminant. Le savoir ne dispense pas de décider ; il rend la décision moins arbitraire.

Ce que cela change pour un manager

Poser la question en termes exclusifs — art ou science — n’a donc guère d’intérêt pratique. Ce qui en a, c’est d’en tirer deux conséquences pour sa propre progression.

D’un côté, refuser de s’appuyer sur ce qui est connu revient à réinventer laborieusement des solutions déjà éprouvées : sur la conduite d’entretiens, la fixation d’objectifs ou la gestion des désaccords, il existe des repères utiles qu’il serait dommage d’ignorer. De l’autre, appliquer des méthodes sans les ajuster aux personnes et au contexte produit un management formellement correct et pratiquement inefficace.

Un manager progresse donc sur deux plans à la fois : en apprenant ce qui s’apprend, et en développant par l’expérience le discernement qui permet de savoir quand une méthode s’applique — et quand il faut faire autrement. C’est aussi ce qui distingue un encadrement purement procédural d’un management attentif aux personnes, qui reste exigeant sur les résultats.